Le cosmos symbolique du XII siècle (7)

Le style de la grande miniature, avec ses registres superposés, ses personnages nettement dessinés et de proportions harmonieuses, et ses inscriptions calligraphiées au-dessus des différentes scènes se rapproche beaucoup plus de certaines œuvres issues des abbayes mosanes, en particulier la Bible de Floreffe, que des productions de l’art allemand de Bavière. Cette impression est renforcée par l’examen de l’écriture, d’une admirable élégance, et assez arrondie, par le type des initiales ornées et par les couleurs assez vives qui rappellent les émaux. L’activité intellectuelle et le goût des figurations symboliques les plus raffinées n’étaient pas moins grandes du reste dans cette partie de l’Empire que sur les bords du Rhin et en Bavière. Les moines ou chanoines capables de traduire les spéculations de Rupert de Liège, abbé de Deutz, pouvaient aborder sans crainte la cosmogonie théologique du vulgarisateur de Jean Scot.

Au-dessus du demi-cercle qui encadre le sommet de la miniature a été réservé un grand espace blanc, à peu près un quart de page. Il semble que l’artiste ait commencé son dessin plus haut, puis l’ait effacé, car l’on distingue quelques traces de dessin. Ce vide veut-il exprimer la transcendance de l’ἄγνωστος θεόςayvcûcrTOç Qsôç, super omne quod dicitur et intelligitur, Celui qui dépasse toute expression et tout entendement?

La miniature est divisée en quatre registres. Le premier est inscrit dans un demi-cercle. Autour d’un personnage imberbe ceint d’une couronne et revêtu d’une chasuble se groupent sept femmes voilées, quatre à sa droite, trois à sa gauche. Leurs visages, leurs regards, leurs mains sont levés dans un geste de prière et de bénédiction. Les jeunes femmes semblent fixer la figure royale et sacerdotale du centre, qui elle-même contemple le ciel. Sur la bande extérieure du demi-cercle semblable au tympan de l’église où se célèbre la liturgie cosmique sont inscrits les noms de la Bonitas et de sept des « Noms Divins » énumérés après elle par Denys, série reprise, nous l’avons vu, par Jean Scot et Honorius. Ce majestueux maître de chœur représente donc la première et la plus parfaite des manifestations de la Divinité. C’est le reflet de la « superessentialis Bonitas », qui donne généreusement l’être à toutes les créatures, et c’est à bon droit que l’auteur du dessin lui a octroyé les attributs de la royauté sacrée. Le fait qu’à la notion chrétienne de création et de providence se superpose le Bien suprême de Platon et de Plotin ne l’a certes pas inquiété.

La sainte théorie que l’on voit ainsi présider en intermédiaires et en intercesseurs aux destinées de l’univers doit correspondre à ce que l’Irlandais nomme « les théophanies des théophanies », celles qui sont élevées par la contemplation tout près de Dieu, et à travers lesquelles les êtres créés pourront à leur tour le contempler. Si cette image des théophanies témoigne d’une remarquable compréhension de la doctrine diffusée par la Clauis, l’on ne peut dire cependant qu’elle soit entièrement originale. L’artiste inconnu s’est borné à transposer l’un des thèmes favoris de l’iconographie symbolique du Moyen Age : celui de la Sagesse et de ses sept filles. Il apparaît au ΙΧe siècle sous la forme de la Sainte Philosophie entourée des sept Arts libéraux dans les poèmes et les peintures murales. Parfois, les sept Dons du Saint Esprit se substituent ou se superposent aux Arts ; parfois aussi, c’est le Christ-Sagesse lui-même qui apparaît entre les sept colonnes vivantes, comme dans la magnifique miniature de la Bible d’Arras.

L’on trouve dans la littérature et dans l’art du ΧΙe et du XIIe siècle une riche variété d’adaptations de ce topos. Il n’est pas surprenant de le voir évoquer ici pour dépeindre les plus élevées en dignité des Causes primordiales. Et il nous semble que si la Bonitas est figurée comme un roi, et non comme une reine, c’est parce que, telle la Sagesse, elle symbolise le Verbe, en qui subsistent les Causes et par qui agit la Providence.

De l’action des Causes va surgir et s’organiser le monde : effectus causarum, comme le signale l’inscription du second registre.

Son premier aspect est étrange. Un monstre tétramorphe flotte dans le médaillon central, cerné par les mots : materia informis. C’est la «terra inuisibilis et incomposita » du second verset de la Genèse, le chaos de la Théogonie, la ὕλη du Timée, la silua de Chalcidius. Dépourvue de toute qualité qui pourrait la définir, elle échappe aux sens, elle est possibilité pure. S. Augustin la considère comme un presque néant. Les Pères grecs semblent lui attribuer une nature encore spirituelle ; Jean Scot penche de leur côté et interprète l’informité dans un sens favorable. En ceci, il est plus chrétien que platonicien, puisque la hyle du Timée paraît être le principe du désordre et de la diversité avant que le Démiurge ne l’organise dans l’harmonie. Il va jusqu’à dire que la matière est ainsi nommée parce qu’elle est le début de l’être des choses, et que son informité est toute proche de l’informité de la divine Sagesse.

Cette matière invisible et incorporelle se réalise par l’union d’intelligibles, également incorporels, qui sont les quantités et les qualités élémentaires. Ils la rendent sensible en lui donnant forme et couleur. N’est-il pas plus logique, en effet de dire que la matière informe apparaît dans les couleurs et les formes, que de dire que les formes et les couleurs apparaissent de façon sensible dans la matière?

C’est donc grâce à la conjonction et au mélange compensateur des quatre éléments que se réalise la matière corporelle.

Les éléments eux-mêmes sont formés par la conjonction de ces accidents de l’usia que sont la quantité et la qualité. L’union de la chaleur et de l’aridité produit le feu, celle de la chaleur et de l’humidité l’air, celle de l’humidité et du froid l’eau, celle du froid et de l’aridité la terre.

Ces qualités sont par elles-mêmes inapparentes, mais elles deviennent visibles par la quantité.

Nous reconnaissons ici l’enseignement classique de la physique néoplatonicienne et stoïcienne sur la nature et le rôle des éléments, forces actives et passives, symboles divinisés dans les cultes cosmiques des premiers siècles de notre ère. Tout en rejetant la divinisation, les auteurs chrétiens ont gardé les symboles, liés étroitement à la constitution de l’univers. Honorius a reproduit les considérations du De Diuisione sur la matière spirituelle dépourvue de forme, mais leur subtilité le dépasse probablement, et il doit partager l’opinion de ses contemporains sur le chaos primitif, mélange des éléments. C’est cette interprétation, plus conforme à la doctrine du Timée que nous paraît refléter la figure. Son auteur a indiqué fort ingénieusement le destin de la « materia informis » en la dotant de quatre profils quelque peu narquois rayonnant autour d’un point central.

Autore: Marie-Thérèse D’Alverny
Periodico: Archives d’Histoire doctrinale et littéraire du Moyen Age
Anno
: 1952
Numero: 28
Pagine: 56-60
Vedi anche:
Le cosmos symbolique du XII siècle (1)

Le cosmos symbolique du XII siècle (2)
Le cosmos symbolique du XII siècle (3)
Le cosmos symbolique du XII siècle (4)
Le cosmos symbolique du XII siècle (5)
Le cosmos symbolique du XII siècle (6)

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Il secolo romanico

La vita è vista come un pellegrinaggio. La città che si trova « lassù » è quella dei santi: quaggiù gli uomini, pellegrini della grazia, cittadini di quella città che è « lassù » brancolano verso il regno. Questo tema, proposto da Sant’Agostino, anima la vita medievale. Il XII secolo ha la passione dei pellegrinaggi. Alcuni luoghi vengono consacrati ed il viaggiatore vi giunge da lontano per la remissione delle sue colpe o per devozione. Non sempre l’uomo sa che il centro del pellegrinaggio è il proprio cuore. È questo il motivo per cui egli si allontana dalla sua patria, credendo di trovare il luogo ove cielo e terra si uniscono. Le vie dei pellegrinaggi sono tracciate — come dei fiumi — attraversano l’Europa, e talora anche l’oltrepassano. I punti d’incontro sono San Giacomo di Compostella, San Michele al Gargano ed i santuari dedicati alla Vergine. Le reliquie dei santi operano miracoli sia sul piano fisico, sia nell’ordine più segreto della conversione del cuore. Il pellegrino varca i limiti dell’Europa e tenta di difendere, in Oriente, la tomba di Cristo. La crociata diviene così il più esaltante dei pellegrinaggi. I luoghi santi dove Cristo ha vissuto sono considerati come la propria terra, quella che bisogna liberare dai suoi nemici.

A parte questi pellegrinaggi, il XII secolo non è soltanto sedentario, ma anche nomade: in un’epoca sprovvista di trasporti, tanti spostamenti ci stupiscono. Bernardo di Chiaravalle percorre l’Europa sopra una mula. Rupert di Deutz, essendo l’oggetto di attacchi da parte degli studenti di Parigi, racconta il suo viaggio a dorso d’asino per incrociare il ferro con Anselmo di Laon e Guglielmo di Champeaux a proposito della questione dell’onnipotenza divina! La maggior parte dei viaggiatori va a piedi, talora carichi di rotoli fitti di testi o anche portatori di messaggi.

La quantità non importa, soltanto il mistero della qualità s’impone: per questo le opere del XII secolo sono durature. Esse conservano un sigillo di eternità che trascende il tempo. È vero che l’uomo romanico nutre l’ossessione della propria salvezza, ma egli sa di essere fratello di un gran numero di uomini: quelli che condividono la sua fede.

Nonostante la lingua e lo stile, le immagini, le ripetizioni e le citazioni bibliche delle quali certe opere sono impregnate, i trattati del XII secolo si offrono ancora alla lettura dell’uomo moderno. Essi si leggono facilmente, non generano mai la noia ed hanno un’autenticità legata allo stato d’animo dei loro autori. Vi è, d’altronde, un ottimismo che permea le opere e gli spiriti. L’anno mille, con tutto il suo terrore, è passato e l’uomo finalmente respira e rende grazie per la bellezza di una natura che reca l’effigie divina. Talora traspare il settarismo, ma non è l’effetto di un gusto personale: esso tenta di salvaguardare il senso di una collettività. Perché la Chiesa è un centro, è cristianità, e coloro che non ne fanno parte sembrano esclusi dal ritmo dell’esistenza, donde la tragica durezza nei confronti dei pagani e l’infamia che ricopre gli ebrei. Non si tratta di ristrettezza di spirito né di razzismo, ma dell’impossibilità di pensare in modo diverso. La cristianità appare come un’unità geografica e coloro che non sono collegati ad essa fanno la figura di piccole isole.

Il XII secolo non è unicamente votato alla filosofia, alla teologia, alla poesia e al misticismo. Vi domina la matematica, ed anche la tecnica. Si presta attenzione alla forza dell’energia. Cosi l’acqua è impiegata per i mulini e per le ruote idrauliche. Si carpisce la forza del vento: i primi mulini a vento girano fin dagli albori del XII secolo. Dobbiamo ricordare numerose invenzioni, quali la bussola, l’orologio meccanico ed il timone. L’orologio ritma il tempo di una vita dedicata al lavoro della terra ed a quello dello spirito. È chiaro che il XII secolo è soprattutto concreto: è nel 1188 che il ponte di Avignone getta sul Rodano i suoi diciotto archi di pietra.

Sia che si tratti d’insegnamento religioso che di letteratura profana, il pensiero è legato intimamente alla Bibbia: studio dei numeri, della musica, trattati di medicina, cosmogonia, eccetera. Il sapiente e l’ignorante attingono il gusto delle immagini e dei simboli della Bibbia, Antico e Nuovo Testamento. Questi simboli carichi di significato sono loro trasmessi anche attraverso i Commenti dei Padri greci e latini. Ma non tutto è biblico. L’apporto pagano è considerevole. Molti autori medievali citano, come vedremo, autori pagani. E ancora, attraverso i Padri, giungono loro dei simboli pagani e gnostici.

Non vi è periodo storico in cui il simbolo svolga un ruolo così grande come nel XII secolo. Le cause del favore di cui esso gode sono diverse. L’uso del simbolo non è collegato ad una fase storica infantile, ma è tipico, al contrario, di uomini che conservano al tempo stesso il senso della realtà e quello dell’inesprimibile. Ognuno può comprendere solo seguendo il proprio intendimento. Ora, il simbolo è testimone della verità, esprime il mistero. Grazie al simbolo, si potrà trasmettere un ordine incomunicabile attraverso la scrittura o la parola, sia da un trattato di teologia, sia da un sermone, sia ancora dall’immagine sopra un capitello.

Il XII secolo è essenzialmente il secolo dell’insegnamento: tutto concorre a questo apprendistato. Non è soltanto l’intelligenza che deve essere risvegliata, ma l’intuizione. È per questo che il simbolo riveste una tale importanza nel XII secolo: essendo un nutrimento spirituale, esso istruisce ed avvia verso la conoscenza.

Contro questo movimento che si rifà al simbolico, e ad esso opposti, si leveranno i fautori di una concezione fisica, nella quale la natura e la storia occuperanno un posto più importante, con il rifiuto dei miracoli e del senso del meraviglioso: nascerà un nuovo senso critico.

Autore: Marie Madeleine Davy
Pubblicazione:
Il simbolismo medievale
Editore
: Mediterranee (Orizzonti dello Spirito, 48)
Luogo: Roma
Anno: 1988
Pagine: 39-42