Le cosmos symbolique du XII siècle (1)

La série de dessins et de schémas que contient l’un des plus anciens manuscrits de la Clauis Physicae d’Honorius «Augustodunensis» n. 6734 du fonds latin de la Bibliothèque nationale est probablement l’une des plus parfaites expressions de l’activité imaginative des hommes du XIIe siècle, en même temps que la traduction fidèle d’une représentation du monde liée au système platonicien, tel que l’avaient interprété les Pères grecs et leur disciple du IXe siècle, Jean Scot. C’est bien une explication du Cosmos créé par Dieu et retournant invinciblement vers lui — exitus et reditus — que prétendait donner le « Periphiseon » περὶ φύσεων μερισμοῦ du savant familier de Charles le Chauve, étonnante Somme théologique où s’amalgament, enchaînées dans une prose éloquente, les citations d’Ambroise, d’Augustin, de Boèce, et d’autre part des Cappadociens, Basile et Grégoire de Nysse, de Grégoire de Nazianze, et de son commentateur Maxime, de Jean Chrysostome et de Denys.

Les mésaventures de Jean Scot, suspect de déviation doctrinale au sujet de la prédestination, et plus encore sans doute la difficulté de l’ouvrage, d’une richesse un peu confuse, ne lui avaient pas attiré beaucoup d’adeptes, semble-t-il, à la fin de l’ère carolingienne.

On le vit resurgir au cours du XIIe siècle, et les causes d’une vogue qui paraît avoir atteint son point culminant au début du siècle suivant, et gagna, non seulement de nombreux théologiens, mais, par l’intermédiaire de clercs imprudents, des laïques peu instruits, nous échappent en partie.

Il est permis de supposer que l’un des agents de diffusion de la synthèse érigénienne fut l’un des plus remarquables vulgarisateurs d’un âge qui en a pourtant compté beaucoup : le « mystérieux » Honorius.

Les documents d’archives et les sources narratives actuellement connues ne contiennent pas de renseignements sur ce personnage, et les historiens en sont réduits à interpréter les quelques indications qu’il a bien voulu laisser, soit dans ses préfaces, soit dans la notice terminale de son catalogue d’écrivains ecclésiastiques, De Luminaribus Ecclesiae, consacrée à « Honorius Augustodunensis ecclesiae presbyter et scholasticus », auteur d’estimables ouvrages « non spernenda opuscula », parmi lesquels la Clauis Physicae.

D’abord revendiqué par Autun, traduction obvie de l’épithète qu’il avait lui-même accolée à son nom, replacé dans la région de Regensburg par les consciencieux travaux de J. A. Endres, qui a également signalé ses liens avec Cantorbéry, il semble devoir être restitué à l’Angleterre pour la première partie de son existence d’après les plus récentes recherches.

Il est probable qu’il a fait ses études à Cantorbéry, auprès de saint Anselme ou de ses disciples immédiats, et que les « Fratres Cantuariensis ecclesiae » qui interviennent au début du Speculum Ecclesiae sont ses anciens collègues. Sans doute a-t-il plus tard fait partie du petit groupe de reclus « scoti » du prieuré de Saint-Pierre, dépendant du monastère de Saint-Jacques de Regensburg, au temps de l’abbé Christian (1133- 1150) auquel sont dédiés deux de ses écrits. Mais, que « Augustodunensis » soit une traduction savante de Regensburg, ou qu’il s’agisse d’Augst ou d’Augsbourg, il faut admettre qu’il a été quelque temps écolâtre d’une cathédrale, car le terme de « scholasticus Ecclesiae » a un sens précis dans la terminologie du XIIe siècle.

Peu importe du reste son origine. Allemand ayant visité l’Angleterre et l’Irlande, comme le supposait Endres, Irlandais ou Anglais fixé à Regensburg, la véritable patrie d’un clerc est représentée par les Studia où se dispense la science sacrée et profane, et les livres qui la conservent.

Les Bibliothèques de Cantorbéry, siège primatial d’Angleterre, en étroites relations avec les grandes abbayes normandes, devaient être parmi les plus riches vers l’an 1100, et un étudiant ou jeune professeur consciencieux pouvait y trouver une ample matière pour son enseignement et ses écrits. L’abondante production d’Honorius embrasse une bonne partie de l’« enseignement supérieur » de son époque, touchant à la théologie et aux « sciences annexes » cosmologie, liturgie, histoire ecclésiastique, etc. Ce n’est pas un esprit très original, et il n’a pas l’envergure de son contemporain Abélard, mais c’est un vulgarisateur intelligent. Il essaie de comprendre les textes qu’il utilise, même d’auteurs difficiles comme Jean Scot, et il est excellent pédagogue. Ses traités sont rédigés avec un grand luxe de divisions, trait commun, à vrai dire, d’une civilisation encore dominée par l’enseignement oral, et il multiplie les comparaisons imagées, autre adjuvant de mémoires soumises à une rude gymnastique. Il a, grâce sans doute à ce précieux don imaginatif, un sens très vif de la valeur du symbolisme religieux, qui est surtout exprimé dans son étonnant commentaire du Cantique des Cantiques, et dans l’opuscule « De animae exsilio et patria » où se trouve développé le thème de la Sagesse, source et terme de tout savoir et de toute vertu. Son influence sur l’iconographie savante n’a donc rien de surprenant.

Autore: Marie-Thérèse D’Alverny
Periodico: Archives d’Histoire doctrinale et littéraire du Moyen Age
Anno
: 1952
Numero: 28
Pagine: 31-33

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La «legge dei platonismi comunicanti»

Più si studia il Medioevo, più vi si nota il polimorfismo dell’influenza platonica. Platone stesso non è da nessuna parte, ma il platonismo è ovunque; diciamo piuttosto: ovunque ci sono dei platonismi: quello di Dionigi l’Areopagita e di Massimo il Confessore, che passa attraverso Scoto Eriugena e del quale abbiamo appena colto la presenza in Bernardo di Chartres; quello di sant’Agostino, che domina il pensiero di sant’Anselmo; quello di Boezio che dirige l’opera di Gilberto de la Porrée, in attesa di quelli del Liber de causis e della filosofia di Avicenna che incontreremo tra poco. Questo apparentamento platonico di dottrine d’altra parte tanto differenti spiega certe alleanze, altrimenti incomprensibili, ch’esse hanno talvolta contratto tra loro. Il fatto s’è riprodotto tante volte che si potrebbe quasi parlare, nel Medioevo, d’una legge dei platonismi comunicanti


Autore Gilson, É.
Pubblicazione La filosofia nel Medioevo. Dalle origini patristiche alla fine del XIV secolo
Editore La Nuova Italia
Anno 1997
Pagina 324